Dans le joyeux tumulte de la Grande Salle, le pied du professeur Mcgonagall buta contre quelque chose. Elle se pencha et ramassa un petit tube en cristal. A l'intérieur, une substance argentée s'enroulait autour d'elle-même. Elle fronça les sourcils puis quitta à grand pas la salle surchargée. Elle arriva devant une gargouille de pierre explosée. Sans y faire attention elle passa devant et monta l'escalier en colimaçon qui était juste derrière. Elle arriva dans un grand bureau circulaire. Elle s'approcha d'une bassine en pierre peu profonde posée sur le bureau massif. Elle y versa le contenu du tube de cristal et sans hésiter, plongea à l'intérieur. Lorsqu'elle en ressortit un moment après, son visage avait perdu sa couleur habituelle. Elle prit dans une armoire un registre énorme et le consulta fébrilement. On pouvait lire la déception sur son visage. Elle ferma les yeux et respira profondément. Son visage s'éclaira l'instant d'après. Elle sortit une longue baguette de bois de sa poche et tapota le lourd volume avec celle-ci en murmurant :
_ Aparecium.
Elle le consulta de nouveau et faillit le lâcher lorsque des lettres rouges apparurent devant elle. Sa bouche s'ouvrit et longtemps, elle resta figée. Puis, elle sortit précipitamment du bureau.
A au moins mille kilomètres de là, Alice Gauthier était fin prête et elle sortit dehors pour surveiller la route.
Comme à chaque réunion de famille, Alice était éprise de ce sentiment inexplicable où tout vous parait pour le mieux. Sa bouche s'ouvrit en un large sourire : elle venait d'apercevoir le 806 de sa tante et de son oncle qui empruntait le chemin d'accès à sa maison. Lorsqu'ils furent arrêtés elle courut jusqu'à eux en criant : « chiiiiiiicoooo !!!!!!!!!!!!!!!! ». Tout de suite après sa cousine Lucie (alias Chico) ouvrit sa portière et fit de même en répondant : « Ma Camion !!!! ». Ces surnoms étaient tout à fait stupides et l'origine oubliée depuis longtemps mais ils étaient porteurs de bonheur communicatif. Après ces retrouvailles bruyantes, Alice se tourna alors vers le reste de la famille en souriant : cette journée promettait d'être particulièrement animée ! Après le récit du voyage, riche en péripéties comme d'habitude, tout le monde se dirigea vers la maison. Peu après :
_ Alice, fais moi passer le plat tu seras gentille !
_ Mais je suis déjà gentille ! Et puis de toute façon, ce n'est pas parce que je passe le plat que je suis forcément gentille. Je pourrai te le passer de manière brutale...
_ Mais tu le passe toujours de manière brutale !
_ Là n'est pas la question ! Je pourrai te le passer avec de mauvaises intentions ou...
_ Bref ! Passe-moi le plat !!!
Alice leva les yeux au ciel mais sourit malgré elle. Ce moment était un réel bonheur : tout le monde discutait et plaisantait joyeusement ; le soleil était au rendez vous, et il faisait chaud. On oubliait tout : les problèmes d'argent, le cancer de la tante, l'Alzheimer de la grand-mère, le stress du boulot... C'étaient les vacances et tout allait pour le mieux. Même le père aujourd'hui ne jouait pas trop au rabat-joie : il n'avait qu'à peine esquissé un froncement de sourcil au moment où Alice et son cousin avaient entamé une bataille d'eau et aspergé du même coup toute la terrasse. Oui, tout allait pour le mieux.
Après le repas, tout le monde s'installa dans l'herbe pour faire la sieste ou jouer aux cartes. Alice et Valentin, son cousin, étaient allés cueillir des mûres pour faire un crumble. Il s'était éloigné pour répondre à sa copine. Alice était donc seule. C'est là qu'elle remarqua pour la première fois la chouette qui planait au dessus des arbres. Il était alors près de 17h. Étrange... Elle s'arrêta pour l'observer. La chouette avait l'air d'avoir trouvé se qu'elle cherchait parce qu'elle descendait à présent vers le sol. Plus étrange encore, elle se dirigeait vers Alice ! Poussant un cri sonore elle se posa à ses pieds. Alice sursauta et recula d'un pas. Voyant que le chouette avançait elle aussi, elle s'agenouilla et pris la lettre qu'elle avait dans le bec. C'était du papier épais, on aurait dit du parchemin. Elle tressaillit lorsqu'elle vit qui était le destinataire :
« Miss A. Gauthier,
Sous le couvert des arbres près des buissons de mûres,
Dans la campagne profonde »
Qui pouvait donc lui écrire sachant exactement ou elle était et qui plus est par une chouette ? Elle décacheta l'enveloppe jetant un coup d'½il au seau ancien (Un « P » entouré d'un lion, d'un serpent, d'un aigle et d'un blaireau) et sortit le parchemin. Quelle ne fut pas sa surprise en la lisant !
« COLLÈGE POUDLARD, ÉCOLE DE SORCELLERIE
Directrice: Mrs. Minerva Mcgonagall
Cher Miss Gauthier,
Permettez-moi tout d'abord de vous adresser toutes mes excuses pour cet immense retard. En effet, vous auriez du recevoir une lettre il y a 6 ans pour vous informer que vous étiez admise à Poudlard pour vos 7 ans d'études de sorcellerie. Nous avons aujourd'hui retrouvé la preuve que vous êtes apte pour entrer dans notre collège.
L'école française de sorcellerie (Beauxbatons) ne peut vous accueillir et vous êtes aujourd'hui attendue à Poudlard pour le reste des vacances scolaires pour tenter de rattraper votre retard en matière de magie. Je ne pense pas que votre intégration avec des élèves anglais ne posera de problème étant donné que vous êtes bilingue.
J'attends votre réponse par hibou très vite.
En espérant votre présence bientôt,
Cordialement,
Minerva Mcgonagall, directrice de Poudlard. »
Alice était curieuse de savoir qui avait pu avoir l'idée de cette farce. Elle était de ces personnes qui ne croient pas à toutes les légendes, tous les miracles qui peuplent le monde. Elle cherchait toujours une explication rationnelle à tout ce qui pouvait lui sembler bizarre.
Malheureusement, dans beaucoup d'événements de sa vie, elle n'avait pas su trouver d'explications. Comme la fois où elle avait eu une honte terrible (s'étaler devant le lycée à cause d'une crotte de chien), où tout le monde s'était moqué d'elle, personne par la suite ne semblait s'en souvenir. Ou alors la fois où elle avait fait une énorme tache de chocolat sur la dissertation à rendre pour le lendemain, elle s'était senti si désespérée qu'elle avait pleuré et lorsqu'elle avait de nouveau regardé sa feuille la tache avait disparu !
Qui pouvait être au courant de tous ces événements et la connaissait bien pour savoir qu'elle serait totalement paniquée en la lisant ? Car oui, elle était paniquée. Paniquée par l'idée que quelqu'un sache exactement où et qui elle était.
Elle regarda la chouette, celle–ci semblait attendre qu'Alice réponde pour partir.
Un silence inquiétant avait soudain pris la place du chant des oiseaux et du « tsé-tsé » des cigales. Alice n'avait pas conscience du temps qui s'était écoulé depuis quelle avait vu pour la première fois la chouette. Une minute, une heure ? Elle se leva.
_ Val ? T'es où ? Appela-t-elle.
Mais aucune réponse ne lui parvint. Elle commençait à paniquer : qu'est-ce qui se passait ? Pourquoi n'entendait-elle plus personne ?
_ Ohé ! Y-a quelqu'un ?
Un vent chaud ébouriffa ses cheveux. Chaud, trop chaud... Prise d'un affreux pressentiment, elle courut sur le chemin qui la ramenait chez elle. Le plus vite possible... Affolée, elle ne regardait plus où elle allait. Manquant de se rompre le cou, elle arriva en vue de la maison. Ce qu'elle vit la figea d'horreur : la maison était en feu et il n'y avait personne dehors. Elle reprit sa course. Lorsqu'elle fut arrivé devant, son estomac se tordit douloureusement : elle ne voyait ni n'entendait personne. Elle fit le tour de la maison refusant l'évidence.
Criant.
_ Maman ? Papa ? Vous êtes où ?
Rien.
Baissant la voix.
_ Allez, sortez de vos cachettes ! Arrêtez, vous me faites peur !
Murmurant.
_ Allez ... Venez...
Refoulant un sanglot.
_ Rémi, Mary ? ... Lucie, Val ? ... Allez...Venez...
Un pan de mur s'effondra projetant une gerbe d'étincelles.
_ NOOOOOOOOOON ! Nooooooon ! Non...
Laissant libre court à ses larmes, à ses cris elle se laissa tomber sur le sol de pierre. Le feu l'entourait mais ne semblait pas l'atteindre. Elle ne se contrôlait plus : proche de la folie, tant sa douleur était grande elle roula jusqu'aux flammes. Elle voulait mourir. Elle ne pouvait pas vivre sans tous ceux qu'elle aimait. Et puis à quoi ça servirait ? Sans personne avec qui rire, sans personne à qui se confier, personne avec qui partager, partager tant de tout... Oui, elle voulait mourir. Oublier tout ça. A jamais. Pour ne plus souffrir...
L'ennui c'est que plus elle s'approchait des flammes plus celles-ci s'éloignaient. Etrange... Et il n'y avait pas d'explication rationnelle...
_ Mais merde à la fin ! Je demande rien de plus moi ! Je veux mourir ! MOURIR !
Étourdie, elle s'évanouit.
Elle se réveilla dans un lit douillet. Elle ouvrit les yeux et vit qu'elle se trouvait dans sa chambre. Autour d'elle il y avait toute sa famille qui lui souriait. Elle voulut se lever mais quelque chose l'en empêchait. Elle s'aperçut alors qu'elle était attachée à son lit. Elle leva la tête en haussant les sourcils lorsqu'elle se rendit compte de la chaleur qui régnait dans la chambre. Un ronronnement horriblement familier vint jusqu'à ses oreilles. Elle sursauta, voulu se libérer mais n'y parvint pas.
_ Vite, libérez moi, il y a le feu !
Aucune réaction.
_ Allez vite ! Ma chambre prend feu là !
_ Ne t'énerve pas, lui dit son oncle.
_ Comment veux-tu que je ne m'énerve pas, s'énerva Alice, la maison est en feu et on est tous à l'intérieur. En plus je suis attachée !
_ Oui, mais on est ensemble ! C'est l'essentiel ! Lui dit sa mère.
_ Ah on est ensemble, génial ! Répliqua-t-elle durement. Comme ça on va mourir brûlés tous ensemble !
_ Mais oui, tu as compris !
Alice en eut le souffle coupé. Que se passait-il ? Est-ce que tout le monde avait perdu la tête ?
_ Mais,... mais moi je ne veux pas mourir ! Bégaya-t-elle.
_ Ce n'est pas ce que tu voulais tout à l'heure ? Lui demanda son oncle, menaçant.
_ Si, mais ...
_ Quand tu ne demandais rien de plus que de mourir lorsque tu étais dans les flammes. Alors voilà maintenant on est tous ensemble et on va tous mourir. C'est ce que tu voulais non ?
_ ...
Estomaquée, Alice ne put rien dire de plus.
A présent tous les meubles étaient en feu. Il progressait maintenant vers elle.
_ On est tous ensemble ...
Les flammes léchaient les pieds du lit.
_ Tous ensemble, on va mourir... Murmurèrent-ils alors, tous ensemble.
_ NON !!!
_ NON !
Le cri résonna. Alice se força à émerger de la sourde torpeur qui l'avait envahi lorsqu'elle était dans les flammes et lui avait prodigué ce cauchemar affreux.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle vit qu'elle se trouvait toujours dans la maison enflammée. Le feu avait tout détruit. Tout s'était effondré. Elle se souvint alors du rêve, du cauchemar plutôt. Elle en comprit à cet instant la signification. Elle ne voulait pas mourir. Elle ne devait pas mourir. Ce n'était pas ce que ses parents auraient voulu. Elle devait surmonter la douleur et faire son deuil. Faire preuve de courage, de maturité.
Hélas, elle n'en avait pas la force maintenant. Elle se laissa de nouveau aller.
Une éternité plus tard, elle se senti observée. Elle se releva et regarda autour d'elle. C'était la chouette. De ses grands yeux perçants, elle observait Alice.
_ Qu'est-ce que tu veux toi ? Hein ? A oui, tu veux que je réponde à ta Mcgonagall c'est ça ? Et pour lui dire quoi hein ? Que toute ma famille est morte, hein ?
Refoulant ses larmes, elle continua :
_ Pour lui dire que je suis orpheline, que je n'ai aucun endroit pour vivre, que je vais me retrouver à la DASS. C'est ça que tu veux que je lui écrive ? Et puis pourquoi je parle à une chouette moi ? Je dois vraiment être folle... mais j'ai de quoi non ? Qu'est-ce que t'en pense ? Hein ? Ne me répond pas surtout ! Pff... Non mais ça ne va pas mieux moi. Et bien non, ça ne va pas du tout... Je suis seule au milieu d'une maison en flammes. Je n'ai plus de famille, plus rien. J'ai perdu toutes les choses auxquelles je tenais. Et puis ben je suis à la rue, sans argent sans rien. Voilà tu es contente ? Et tu vois je n'ai même pas de quoi écrire pour répondre à ta femme là. Donc tu vois ça ne sert à rien que tu attendes.
La chouette déploya alors ses ailes et s'envola, fuyant cette fille décérébrée.
_ Non attends ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! Ne me laisse pas là ! Pas toute seule ! Attends !
Alice était de nouveau seule. Elle décida de s'éloigner de la maison. En effet elle entendait les pompiers au loin et elle ne voulait pas être trouvée pour se retrouver à la DASS. Elle reprit le chemin des mûres, lentement cette fois. Elle s'affala à l'endroit où la chouette s'était posée et resta là ruminant ses pensées.
Qu'allait-elle devenir ? Sans argent, elle ne pouvait rien faire. De plus elle n'avait nulle part où aller. Soudain, elle sentit son portable vibrer. Comment avait-elle pu l'oublier ? A présent elle pouvait joindre Anaïs, sa meilleure amie ou quelqu'un d'autre qui pourrait l'aider... En attendant, il fallait qu'elle réponde : c'était Anaïs !
_ Ana, heureusement que tu appelles lâcha-t-elle dans un souffle.
_ Pourquoi, qu'est ce qu'il y a ?
_ Ça ne va pas du tout...
Elle sentit ses lèvres trembler.
_ Quoi racontes !
_C'est c'est ... Bégaya-t-elle.
Alice s'arrêta soudain de parler. Devant elle venait de se produire quelque chose de totalement insensé, de surréaliste : une femme venait d'apparaître devant elle.
_ Quoi ? Qu'est-ce que tu as ?
Alice ne répondit pas. La femme devant elle était grande. Elle était habillée d'une longue robe vert émeraude et coiffée d'un chignon strict. Tout de cette femme dégageait une aura de sévérité. Elle ne paraissait pas dérangée outre mesure d'apparaître comme ça au milieu de nulle part. Elle paraissait trouver ça parfaitement normal. Elle regardait à présent Alice qui était estomaquée. Elle se rendit compte alors qu'elle avait la bouche ouverte, elle s'empressa de la refermer.
_ Ho ! Qu'est-ce que tu fous !!!
_ Heu, je te rappelle !
Alice se releva.
_ Çà alors comment vous faites ça ?
_ Bonjour d'abord...
L'étrange femme parlait Anglais. Chaque été, Alice effectuait un séjour d'un mois et demi en Angleterre, correspondait donc très régulièrement en Anglais et avait 6h d'Anglais par semaine. Grâce à cela elle était considérée comme quasi bilingue.
_ Excusez-moi, bonjour.
_ Je suis le professeur Mcgonagall et je suis la directrice de l'école de sorcellerie de Poudlard.
Elle regarda alors Alice qui, gênée baissa les yeux pour tomber sur son tee-shirt. Épouvantable : aussi marron de terre que son short. Elle se passa la main dans les cheveux mais ne put la passer jusqu'en bas. Des n½uds jusqu'à la racine, ils étaient touffus et sentaient la fumée.
_ Pourquoi êtes-vous dans un état si peu présentable ?
Alice trouvait que la question était tout à fait déplacée dans le contexte. C'était plutôt à elle de poser des questions comme « Que faites vous ici ? Comment avez-vous fait pour apparaître comme ça devant moi, venant de nulle part ? » Mais elle sentit que la femme n'aimait pas du tout être contrariée et qu'elle devait répondre à sa question pour ne pas la mettre en colère. Mais elle-même était en colère et elle n'avait pas envie de se laisser faire par une femme qui devait avoir le triple de son âge et qui plus est directrice d'une école de magie imaginaire. Elle répondit alors ironiquement :
_ Voyez-vous, il se trouve que ma maison vient de brûler
Le Professeur parût perdre soudain son assurance.
_ Et que, continua Alice, toute ma famille se trouvait à l'intérieur. Tout le monde est mort comme vous pouvez vous en douter. Je me retrouve par conséquent « à la rue » sans argent, sans objets personnels, sans famille NI RIEN DU TOUT !
Alice était devenue hystérique. Tremblant de rage, de douleur, les larmes coulaient une nouvelle fois de ses yeux.
Mcgonagall était livide. Elle avait reculé d'un pas en se demandant sûrement pour qui se prenait Alice.
_ Excusez-moi, je n'étais pas au courant, dit-elle d'une voix douce. Et si vous me racontiez calmement ce qui vous est arrivé devant une tasse de thé ?
_ Ah ben oui pourquoi pas mais expliquez moi d'abord comment on le fera votre thé ? Lui demanda Alice avec un sourire goguenard. Avec une baguette magique je suppose...
_ Vous supposez très bien, répondit Mcgonagall, ignorant cette remarque désopilante.
Sous le regard plus que surpris d'Alice, elle sortit une baguette de bois qui devait être la fameuse baguette magique, et fit apparaître une théière fumante en argent et deux tasses assorties.
_ Co-comment avez-vous fais cela ? Bredouilla Alice.
_ C'est de la magie ma chère. Mais nous en parlerons plus tard, racontez moi ce qu'il vous est arrivé. »
Alice faisant fi de ce qu'elle venait de voir décida de tout raconter à cette femme étrange qui lui servait à présent du thé à la bergamote (son préféré). Elle omit cependant l'épisode du rêve et de ce qu'elle voulait faire dans les flammes. Mcgonagall l'écouta sans broncher hochant parfois la tête de façon compatissante. Alice posa enfin la question qui lui brûlait les lèvres depuis un long moment.
_ Maintenant dites-moi comment se fait-il que vous puissiez faire apparaître comme ça où et quand vous voulez, que par un simple mouvement de bout de bois vous fassiez venir de nulle part ce que vous voulez, que vous connaissiez mon nom, mon adresse et...
_ Je vais vous expliquer, coupa le professeur, mais j'aimerais avant tout que nous allions dans un endroit sûr, j'ai peur que ceux qui ont fait brûler votre maison ne reviennent.
_ Que voulez-vous dire ? Demanda Alice. Cet incendie serait d'origine criminelle ?
_ J'en ai bien peur, oui. Mais partons, je vous dirai cela plus en détail là-bas.
_ Bien, de toute façon je n'ai plus rien à faire ici. Où allons-nous ?
_ A Poudlard bien sûr, répondit le professeur, comme si c'était évident.
Mcgonagall prit le bras d'Alice et lui ordonna de ne le lâcher sous aucun prétexte. Elles firent alors un pas en avant et Alice détesta tout de suite. Elles tournoyaient au milieu de nulle part et Alice avait l'impression que quelqu'un la tirait ailleurs par le nombril. Soudain tout s'arrêta. Elles se retrouvèrent devant un pub miteux. Alice vacilla sous le choc. Elle était éberluée : en un rien de seconde, elles avaient changé de paysage, de pays surement. Le mystère était quand à lui, bien réel : comment avait-elle fait cela ? Alice dissimula sa curiosité, la femme avait dit qu'elle répondrait plus tard à ses questions. Sur la façade du pub, il y avait une tête de sanglier rongée aux mites. Alice se détourna de cette vision quelque peu immonde et regarda autour d'elle : elles se trouvaient dans une grande rue. Des deux côtés, il y avait des petits commerces (« Mme Gaichiffon : le prêt à sorcier tel que vous l'aimez », une sorte de poste avec des hiboux de toutes tailles et de toutes les couleurs, au loin un grand pub du nom des « Trois Balais »). Alice était curieuse de visiter toutes ses boutiques qui avaient l'air magiques mais elle dut suivre le professeur le long de la grande rue.
Au bout d'un moment, elle aperçut un immense château. Alice était impressionnée, le château était gigantesque : une multitude de tours, de tourelles entouraient la partie principale. Des centaines de petites fenêtres étaient disposées de façon tout à fait désordonnée. On pouvait voir à travers des petites lueurs vacillantes : des flammes apparemment. Le professeur Mcgonagall marchait très vite, Alice avait du mal à suivre. Elles passèrent un grand portail. Alice regardait tout autour d'elle : elle aperçut une cabane en bois. En fait c'était plus une petite maison qu'une cabane. De celle-ci sortit un être tout à fait extraordinaire : ce ne pouvait être un homme, il était trop grand, il devait mesurer au moins deux fois la taille d'un homme « normal » ; c'était peut-être un géant. Celui-ci salua le Professeur qui lui répondit d'un signe de tête. Un immense parc entourait le château. Apparemment, un combat venait de se dérouler car elle remarqua que la façade du château n'était pas en très bon état : il manquait des tuiles, des traces noires témoignaient la présence de flammes anciennes. De plus, à certains endroits, les rambardes de l'escalier qui menait à l'entrée étaient en morceaux, l'immense porte d'entrée en chêne massif, était brisée.
Alice se demandait ce qui avait bien pu se passer, elle voulut poser la question à Mcgonagall mais celle-ci ne paraissait pas disposée à répondre à ses questions. Les deux femmes montèrent les marches qui menaient à l'intérieur, traversèrent d'innombrables couloirs, croisèrent des dizaines de personnes toutes habillées de la même manière que le professeur. Celle-ci les saluait tous d'un signe de tête préoccupé. Elle conduisit Alice devant une gargouille de pierre et prononça ce qui devait être un mot de passe (« Dumbledore »). La gargouille pivota et laissa place à un escalier de pierre en colimaçon. Elles entrèrent, la gargouille se referma et l'escalier se mit à tourner sur lui-même. Alice vacilla, déséquilibrée, mais réussit à se rattraper avant de tomber sur le professeur. Elle ouvrit la porte et elles pénétrèrent dans une pièce dont les murs étaient recouverts de tableaux représentant des portraits d'hommes et de femmes. Le décor aurait pu paraître normal si seulement les personnages ne bougeaient ni ne parlaient pas entre eux, certains même changeaient de cadres pour aller parler à d'autres ! Ce n'était pas là le plus étrange : des dizaines de petits objets sur une table se déplaçaient eux-mêmes, vibraient, certains sursautèrent à l'entrée des deux femmes. Alice jetait des coups d'½il de partout mais essayait de le faire discrètement pour ne pas paraître trop malpolie. Mcgonagall s'assit sur un grand fauteuil derrière un bureau assorti. Elle invita Alice à en faire de même :
_ Asseyez-vous, je vous en prie, vous en aurez certainement besoin.
Alice ne répondit pas et s'assit. Elle allait enfin savoir pourquoi elle était là, qui étaient tous ces gens étranges et en quoi consistait leur « magie ».
_ Je vais vous raconter une histoire qui fait partie de la vôtre. Je vous prie de ne pas m'interrompre, ça sera déjà assez dur comme ça.
Elle regarda Alice qui hocha la tête. La directrice poursuivit.
_ Tout a commencé au moment où un grand sorcier à fait régner le mal partout où il passait. Cet homme se faisait appeler V...
Elle s'arrêta soudain puis se reprit.
_ Voldemort, continua-t-elle en frissonnant. Son seul nom faisait trembler les plus téméraires d'entre nous. Des personnes dénudées de tout sentiment humain l'ont rejoint, on les appelle les Mangemorts. Voldemort n'avait pas d'autre but que de dominer le monde par le mal. Il tuait tout ce qui l'empêchait d'atteindre son objectif. En plus de tout le mal qu'il infligeait à des centaines de personnes innocentes, il profitait aussi des femmes.
Mcgonagall parût à ce moment là très gênées, son visage s'empourpra mais elle continua :
_ Lui et ses fidèles, (elle s'éclaircit la gorge comme si cela pouvait l'aider à dire ce qu'elle ne voulait pas) les violaient. Puis, ils les tuaient. Oui (Alice avait plaqué sa main devant sa bouche en signe d'effarement), sans aucun état d'âme...
Alice remarqua qu'elle commençait à prendre une voix plus douce comme si elle abordait le sujet délicat du problème.
_ Un soir, Voldemort est rentré dans un hôtel et y a rencontré votre mère. Vous... Vous avez été conçue lors...lors...
Mcgonagall n'arrivait pas à trouver de mot moins violent que « viol ». Alice la regardait ironiquement :
_ Voyons, c'est impossible, dit elle avec assurance, elle ne voulait pas montrer qu'elle était troublée. Ce Voldemort ne peut être mon père, mon père était celui qui vivait avec ma mère, avec moi ensuite et...
_ Non. Je vous assure que...
_ Voyons c'est insensé ! Rétorqua Alice avec colère. Mon père était celui que j'appelais « Papa », celui que ma mère aimait et...
_ Miss Gauthier, je sais que c'est dur mais...
_ Et bien soit, montrez-moi une preuve de se que vous avancez et je vous croirais !
Le professeur ne répondit pas. Elle s'approcha d'une petite armoire, l'ouvrit et en sortit une bassine de pierre. Elle était peu profonde et les bords étaient gravés de symboles étranges. Elle contenait une substance brillante inconnue de toute propriété chimique rationnelle. La curiosité d'Alice s'en trouva aiguisée. Elle voulut s'en approcher mais se retint. Mcgonagall prit sa baguette magique et en effleura la surface : elle devint immédiatement transparente. Elle prit la parole :
_ Voici la preuve miss Gauthier, êtes vous sûre que vous voulez l'avoir ?
_ Oui, répondit Alice, je veux savoir ce qui s'est passé.
Elle ne croyait pas du tout aux histoires de cette femme mais était curieuse de ce qu'une bassine de pierre et d'un liquide bizarre pouvaient dévoiler comme preuve. Le professeur lui dit de toucher le liquide du bout des doigts. Lorsqu'Alice s'exécuta, le bureau du professeur parut basculer et elle se sentit aspiré à l'intérieur de la bassine. Elle sombra dans l'obscurité et se retrouva allongée par terre dans une pièce qu'elle ne connaissait pas. On aurait dit une chambre d'hôtel. Une femme qu'elle n'eut aucun mal à identifier était allongée sur le lit et lisait. C'était sa mère. Elle paraissait beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui. Bouleversée, Alice s'approcha :
_ Maman ?
Elle ne répondit pas.
_ Maman, ça va ? Tu, tu m'entends ?
Apparemment non. Alice ne comprenait pas comment elle pouvait contempler sa mère rajeunie alors qu'elle venait de mourir l'après-midi. Elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions car elle entendit du bruit dans le couloir.
La porte s'ouvrit à la volée. Un homme entra. Il était grand et habillé étrangement : il portait une cape noire et une longue robe de la même couleur. Cela aurait pu être grotesque si son visage n'avait pas tant inspiré la terreur : blanc comme la craie, ses yeux étaient effrayants, ils étaient rouge sang. Son nez n'en était plus un, ses narines étaient plates et en longueur. Tout dans son visage rappelait la face d'un serpent.
Il s'avança vers la mère d'Alice.
_ Qui êtes vous ? Demanda-t-elle. Que faites-vous dans ma chambre ?
Il ne répondit pas. Il chercha quelque chose des yeux mais ne le trouva pas apparemment. Il sortit sa baguette magique et la pointa sur la femme. Il ne se passa rien.
_ Sortez d'ici ! cria sa mère sans se laisser impressionner.
_ Tais-toi ! Et ou est ta baguette magique ?
_ Une baguette magique ? Fit-elle en riant jaune. Je n'en ai jamais eue moi ! Figurez vous que je suis une cracmole.
Voldemort tressaillit mais dit avec un ton doucereux :
_ Ce n'est pas grave, tant mieux plutôt...
Sur ces paroles inquiétantes, Lord Voldemort s'approcha de la femme d'un air menaçant. La femme cria, voulut s'enfuir mais le sorcier l'immobilisa avec sa baguette magique. Elle ne put que le regarder s'avancer avec des yeux exorbités, le sentir commencer à déchirer ses vêtements, puis elle sembla sombrer dans une sourde torpeur. Alice cria, voulu empêcher l'homme de faire ce qu'il avait en tête mais ses bras lui passèrent au travers. De toute façon, il ne lui accordait pas la moindre attention...
Le décor s'estompa soudain mais resta le même, seules les lueurs de dehors avaient changées, il faisait nuit. L'homme qui avait violé sa mère était en train de tirer les cheveux de sa mère avec sa baguette. Alice le regarda avec répugnance. Elle aurait tellement voulu faire quelque chose, agir ! En fait, ce n'était pas des cheveux, c'était des sortes de filaments argentés.
Le décor s'estompa de nouveau mais quand il réapparut, il semblait que seulement quelques secondes s'étaient écoulées. L'homme était en train de ranger un petit flacon dans sa robe. Alice sursauta, son père rajeuni lui aussi venait d'entrer dans la pièce. Il regardait estomaqué l'homme qui avait sorti sa baguette et qui la pointait sur sa femme (« Oubliettes ! »). L'instant d'après il se jetait sur lui. Son geste, courageux certes, n'eut d'autre effet que de se retrouver projeté contre un mur. Voldemort lui fit la même chose que sa femme et disparut.
Alice se retrouva dans l'obscurité puis elle se sentit aspirée cette fois-ci par le haut et se retrouva dans le bureau de Mcgonagall.
Alice était tellement choquée qu'elle s'assit automatiquement sur la chaise et resta muette. Mcgonagall respecta son silence. Au bout d'un long moment, Alice releva la tête.
_ Merci. Dit-elle. Merci de m'avoir montré la vérité. La vérité sur moi, mes parents...
Mcgonagall ne dit rien.
_ Maintenant, je peux tout vous dire... Je ne voulais pas y croire quand j'ai découvert ça... Vous savez, ce n'était pas parce que j'avais un doute sur mes parents, mais... disons que j'étais simplement curieuse... où alors c'était mon inconscient qui m'envoyait des signes, je ne sais pas... Bref c'était un jour comme les autres. Il se trouvait que j'étais seule chez moi et j'ai eu envie de regarder le livret de famille... Je ne sais pas pourquoi. Lorsque j'ai regardé à mon nom, j'ai trouvé un papier... Évidement je l'ai lu... Je n'aurais pas du... Pourquoi l'ai-je fais ? Par acquis de conscience peut-être... Et sur ce papier il y avait un test ADN, un test qui disait que mon père ne l'était pas... du moins biologiquement... Pourtant, sur le livret de famille, mon père était bien celui que je connaissais... J'ai tout remis en place et n'en ai parlé à personne. Je ne voulais pas y croire... Tellement, que je me suis persuadé que les médecins avaient fait une erreur. Quelle idiote ! ...
Alice ne contrôlait plus ses nerfs : elle tremblait frénétiquement, son corps secoué de sanglots, elle disait des mots sans suite. Le professeur s'approcha d'elle et la prit maladroitement dans ses bras, lui tapotant dans le dos en murmurant :
_ Allez, allez...Chut, chuuuut...
Au bout d'un long moment, Alice s'arrêta de pleurer. Elle se rassit sur sa chaise et attendit que la directrice dise quelque chose.
_ Préférez-vous allez vous coucher et je vous dirai ce que je dois vous dire demain, ou que je vous dise maintenant ?
_ Je préférerais autant que vous me disiez tout, tout de suite.
_ Vous êtes sûre, vous paraissez épuisée...
_ Oui, je le veux.
Alice se demandait ce qui lui arrivait, elle bouillait intérieurement, elle sentait que plus rien maintenant ne pourrait la choquer, c'était comme s'il y avait eu une barrière infranchissable entre elle et les révélations que la directrice allait lui faire. Insensible. La directrice n'insista pas.
_ Votre père était un sorcier puissant, commença Mcgonagall. Qui avait des pouvoirs terribles. A moins que je ne me trompe, vous avez hérité de ses pouvoirs. Vous allez devenir une sorcière puissante vous aussi. J'espère simplement avec des ambitions beaucoup moins meurtrières.
_ Je ne veux pas devenir comme mon père biologique et s'il vous plaît, cessez de l'appeler comme mon père, appelez le par son nom, je ne veut pas être considérée comme sa fille, dit froidement Alice.
_ Bien. Vous allez donc passer les vacances à Poudlard pour essayer d'apprendre les choses essentielles de la Magie. Normalement, vous pourrez rentrer en 7ème année à la rentrée. Cela ne posera pas de problème je pense, étant donné qu'il faut restaurer le château, tous les professeurs de Poudlard seront là.
_ En gros, je n'ai pas le choix, je suis obligée de rester ici ?
_ Il ne me semble pas que vous préférez vivre dans une famille d'accueil jusqu'à que vous ayez un travail pour être indépendante ?
_ Non, en effet...
_ Alors la question est réglée. Bien sûr, vous n'aurez droit à aucun traitement de faveur. Les « vacances » vont être rudes mais je pense que nous y arriverons.
_ Oui. Mais je n'ai aucun instrument de travail, pas de baguette magique ni rien...
_ Nous irons demain faire les achats nécessaires.
_ Je veux bien, seulement, je n'ai pas d'argent !
_ Nous nous arrangerons pour récupérer l'argent de vos parents et de le transformer en notre monnaie.
_ Mais comment ?
_ Par la Magie bien sûr !
_ Ah...
Oui, il faudrait un long moment avant qu'Alice s'habitue à la magie...
Il y eut un instant de silence puis Alice posa la question qui lui brûlait des lèvres depuis que le professeur avait émit l'hypothèse de l'incendie volontaire.
_ Selon vous, qui a bien pu vouloir faire brûler ma maison et, elle déglutit avec difficulté. Ma famille ?
Le professeur poussa un long soupir. Elle fit apparaître le même service à thé que dans les bois. Elle servit une tasse pour Alice et une pour elle-même. Puis, elle commença son récit.
_ L'immense pouvoir de Voldemort dura longtemps. Il dura jusqu'au jour où il s'attaqua à un certain Harry Potter...
Le récit de Mcgonagall dura longtemps. Elle raconta toute une histoire jusqu'à la fin, l'attaque du château, l'énorme combat et enfin la disparition de Voldemort. A la fin elle répondit à la question d'Alice :
_ Je pense que votre maison à été détruite par des Mangemorts en fuite.
_ Mais pourquoi ?
_ Ils devaient être au courant pour vous, ou alors ils étaient simplement furieux d'avoir été vaincus. De toute façon, nous allons éliminer les derniers en fuite. Maintenant allons nous coucher, si vous avez des questions, j'y répondrai demain, c'est trop tard pour ce soir.
_ Mais...
_ Avez-vous vu l'heure ? dit le professeur d'un ton sec.
Alice regarda par la fenêtre et fut surprise de voir que le jour s'était couché depuis bien longtemps. Le ciel était d'un noir d'encre.
_ J'aimerais moi aussi me reposer, reprit la directrice. Vous allez dormir à l'infirmerie, en attendant que votre nouvelle chambre soit prête. Venez je vais vous accompagner.
Elles sortirent du bureau et prirent le même dédale de couloirs. Alice commençait à sentir la fatigue, elle ne remarqua pas tous les tableaux qui chuchotaient sur leur passage ; elle ne remarqua pas non plus toutes les personnes qui la montrait du doigt d'un air interrogateur. Elles pénétrèrent dans l'infirmerie : une grande salle avec des lits entourés de rideaux alignés le long des murs. Presque tous étaient occupés par des hommes, des femmes des adolescents, parfois à peine plus jeunes qu'elle, tous blessés. Mcgonagall l'accompagna vers un lit libre tout au fond. Elle lui donna une chemise de nuit puis lui souhaita bonne nuit et partit. Alice regarda autour d'elle. Les rideaux étaient tirés sur certains lits. Elle entendait des sanglots venant de là. Mal à l'aise, elle ferma ses propres rideaux, se changea puis se coucha.
Alice était épuisée mais elle ne parvenait pas à dormir. Il s'était passé trop de choses aujourd'hui : la lettre, la maison brûlée, le rêve, Mcgonagall, sa magie, le château et enfin toutes ses révélations. Tout cela paraissait extraordinaire, et pourtant c'était bien réel. Cette magie fonctionnait et apparemment, elle était capable d'en faire... Mais elle doutait singulièrement qu'elle fut capable de produire ne serait-ce qu'une seule étincelle. L'étrange femme lui avait dit qu'elle avait sans doute hérité de l'immense pouvoir de son père. Son père. Un homme affreux. Alice avait honte d'être sa fille. La fille d'un « homme » qui passait son temps à tuer des centaines de gens totalement innocents. Atroce.
Longtemps, Alice se tourna et se retourna dans son lit.